ECONOMIE

Aux Etats Unis, un front anti ESG menace les engagements “responsables” des entreprises


Les critères ESG (E pour environnement S pour Social, et G pour gouvernance), se sont imposés depuis quelques années pour mesurer l’engagement des entreprises, des banques et des fonds d’investissement en faveur de la transition écologique, le climat social, et l’égalité professionnelle mais ils sont devenus la cible de plusieurs élus Républicains qui multiplient les actions anti-ESG, aussi bien à la Chambre des représentants que dans les Etats qu’ils gouvernent.

Floride, Georgie, Alabama, Wyoming… 19 états américains ont constitué une alliance contre ces critères ESG car ils considèrent que ces critères contournent les urnes, et mettent, je cite  un document signé par ces gouverneurs républicains “les décisions d’investissement entre les mains d’une foule WOKE, et qu’il nuisent à la rentabilité des fonds investis.

The proliferation of ESG throughout America is a direct threat to the American economy, individual economic freedom, and our way of life, putting investment decisions in the hands of the woke mob to bypass the ballot box and inject political ideology into investment decisions, corporate governance, and the everyday economy.”

« La prolifération des critères ESG à travers l’Amérique constitue une menace directe pour l’économie américaine, la liberté économique individuelle et notre mode de vie, plaçant les décisions d’investissement entre les mains d’une foule “Woke” qui contourne les urnes et injecte une idéologie politique dans les décisions d’investissement, les entreprises, la gouvernance et l’économie quotidienne“.

C’est d’ailleurs en réaction à l’inclusion de ces critères ESG pour les fonds de pension qui gèrent les retraites des fonctionnaires américains que cette alliance est née il y a un an.

Le gouverneur de Floride qu’il l’a initié, Ron de Santis espérait alors briguer la présidence du pays pour les Républicains, les critères ESG étant dans le collimateur régulier d’un des présentateurs les plus populaires de Fox News, Tucker Carlson, c’était une façon pour lui de surfer sur cette vague, pas ouvertement climato-spectique, mais clairement opposés à toute évolution du capitalisme.

Avec tout de même un argument économique, celui ci étant que le profit, c’est encore dans les fossiles qu’il se fait, et qu’exclure des portefeuilles d’investissement, les majors qui continuent de forer et d’en produire, c’est mauvais pour le porte-monnaie des épargnants.

A ce titre, les résultats toujours plus mirobolants des Major du pétrole donnent du crédit à l’analyse des anti ESG. Parmi eux on trouve aussi Elon Musk pour qui ces critères sont “a scam”, je traduis par arnaque, mais c’est beaucoup plus grossier. Il y a 18 mois, Tesla avait justement été sorti d’un indice ESG pour entre autre, des allégations de discrimination raciale et de conditions de travail terribles dans l’une de ses usines.

Article du Wall Street Journal le 9 janvier 2024 : ESG, le dernier mot honni du monde des entreprises aux USA
Article du Wall Street Journal le 9 janvier 2024 : ESG, le dernier mot honni du monde des entreprises aux USA

– Wall Street Journal

Cette croisade anti ESG va néanmoins au delà des mots, elle a aussi des conséquences concrètes.

A l’automne dernier, la Chambre des réprésentants, dominés par les Républicains a proposé plusieurs projets de loi pour obliger les investisseurs à ne prendre en compte QUE des critères précuniaires, ce qui exclue de fait, les critères ESG qui sont par définition extra-financiers.

Il y a deux semaines, le Texas a interdit à la Barclays de participer à ses émissions de dette, parce que la banque britannique a pour objectif de réduire les émissions carbone de son portefeuille, ce qui la rendait coupable je cite de “boycotter les combustibles fossiles”.

Pour une banque ou un fonds d’investissement faire partie d’une alliance engagée pour le Climat, ou pour la neutralité Carbone, c’est devenir la cible des Etats conservateurs.

Les fonds ESG qui avaient le vent en poupe il y a 2 ans encore, parce qu’ils s’interdisaient d’investir dans les armes ou les fossiles, valorisait les conseils d’administrations proche de la parité, l’ont de moins en moins. Les investissements dans ces fonds refluent clairement aux Etats Unis depuis 2021.

Dernier revirement en date, celui de Bank Of América. Il y a deux ans, la deuxième plus grande banque américaine s’était engagée à ne plus financer de mines de charbon, fin décembre elle a fait machine arrière, et dit dorénavant que ce type de projet sera soumis à une “diligence raisonnable renforcé”.

La pression fonctionne, elle a des effets, que Regina Mayor, Cheffe Mondiale Client et marchés (interviewée à Davos) chez KPMG le cabinet de consultant, considère encore limités. “Il y a des régulations auxquelles on ne peut plus se soustraire, donc nos clients ont juste changé leur communication sur ces critères. Ils ne disent plus 70 fois ESG dans une présentation aux actionnaires, mais ils n’ont pas changé de cap“.

L’Union Européenne vient justement d’encadrer avec plus de rigueur l’application de ces critères ESG, car plus qu’une boussole stratégique, ils ont souvent servi de plan com, en tout cas, les entreprises américaines opérant en Europe devront s’y conformer. D’autant plus que la Californie est dans la même dynamique que l’UE et fait passer des lois pour inciter fortement les entreprises à les adopter.

La Bulle économique

4 min

Sur le plan juridique, les conflits se multiplient, et la situation est de plus en plus ingérable pour les entreprises américaines, ce qui peut les inciter à battre en retraite.

Dans le Wall Street journal, un consultant sur ces questions suggère de ne plus parler de critères ESG, mais d’entreprise responsable… car dit-il, on peut être anti-ESG, mais c’est plus difficile d’être anti-responsable.





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